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Jeter des EPI ne s’improvise pas. Gants souillés, masques de protection, vêtements de travail en fin de vie, chaussures de sécurité hors d’usage : des milliers d’équipements de protection individuelle sont jetés chaque année dans les entreprises françaises, sans qu’une filière claire ne soit toujours identifiée. Pourtant, la question de savoir où jeter ses EPI devient incontournable, à la fois pour des raisons environnementales, réglementaires et de cohérence RSE. Cet article décrit les règles, les freins opérationnels et les solutions concrètes disponibles pour organiser la collecte et le recyclage des EPI en entreprise.
Ce qu'il faut retenir

Dans la grande majorité des entreprises industrielles, du BTP, de la santé ou des collectivités, les équipements de protection individuelle sont renouvelés régulièrement. Cette durée de vie courte génère un volume de déchets conséquent. Jeter des EPI ne s’improvise pas. Si certaines entreprises orientent encore leurs équipements usagés vers les ordures ménagères ou les flux de déchets industriels banals (DIB), cette pratique, bien que tolérée pour des EPI non dangereux, reste peu vertueuse au regard des enjeux environnementaux et de traçabilité. Structurer une filière dédiée permet d’aller au-delà de la simple conformité réglementaire et de s’inscrire dans une démarche RSE crédible.
Les équipements de protection individuelle regroupent une large gamme de produits destinés à protéger les travailleurs contre les risques professionnels. La conception de ces produits varie considérablement selon leur usage, ce qui implique une approche différenciée au moment de leur recyclage.
Parmi les EPI les plus couramment rencontrés en fin de vie en entreprise : les gants de protection, les casques de chantier, les vêtements de travail et vêtements de protection, les chaussures de sécurité, les lunettes et masques de protection respiratoire, ainsi que les harnais et équipements de protection contre les chutes. Les équipements peuvent aussi inclure des masques chirurgicaux ou FFP2, notamment dans les environnements médicaux et médico-sociaux. La diversité des matériaux composant ces produits rend leur recyclage techniquement complexe. Un gant de travail n’est pas traité comme une chaussure de sécurité. Cette réalité oblige à penser la collecte par flux et par catégorie d’équipements, plutôt que de manière indifférenciée.
À ce jour, les EPI ne relèvent pas d’une filière à responsabilité élargie du producteur (REP) dédiée. Néanmoins, certains de leurs composants (textiles, plastiques, métaux) peuvent déjà s’inscrire dans des filières existantes, et le cadre réglementaire est amené à évoluer. Anticiper ces évolutions sur la gestion des déchets générés par les EPI permet aux entreprises de sécuriser leurs pratiques dans la durée.
La réglementation française impose à tout producteur de déchets de les trier, de les stocker correctement et de les confier à des prestataires habilités pour leur traitement. Les articles L. 541-1 et suivants du Code de l’environnement s’appliquent : une entreprise ne peut pas se défausser sur un prestataire non agréé. Dans le cadre du reporting CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), les entreprises soumises à l’obligation de déclaration de performance extra-financière doivent documenter leurs flux de déchets, y compris les EPI, et distinguer précisément le recyclage matière de la valorisation énergétique dans leurs indicateurs. Cela nécessite de disposer d’une attestation de valorisation délivrée par un prestataire traçable, y compris lorsque la réglementation ne l’impose pas expressément.
Le principal obstacle au recyclage des EPI réside dans la nature même de ces produits. Contrairement au carton ou au verre, matériaux mono-matière faciles à orienter vers une filière connue, les EPI sont presque systématiquement composés de différents matériaux assemblés. Une chaussure de sécurité associe une semelle en caoutchouc, une coque en acier ou en plastique, un embout de protection, et une tige en cuir ou en textile synthétique. Un casque de chantier peut intégrer du polypropylène, du verre (pour la visière) et des mousses de confort.
Il n’existe donc pas de benne unique pour « les EPI » : chaque catégorie nécessite potentiellement une collecte séparée. Ensuite, certains matériaux ne peuvent être valorisés qu’après démantèlement manuel ou mécanique, ce qui rend leur recyclage économiquement moins attractif pour les filières classiques. Enfin, les EPI souillés (exposés à des produits chimiques, biologiques ou des matières dangereuses) peuvent nécessiter un prétraitement avant valorisation, ou une valorisation spécifique, notamment pour les déchets DASRI (déchets à risque infectieux), source de coûts supplémentaires pour les fabricants et les opérateurs de traitement.
Ces contraintes techniques sont précisément la raison pour laquelle des acteurs spécialisés ont développé des solutions dédiées, capables de traiter ces flux spécifiques avec des procédés adaptés et une traçabilité garantie de la source jusqu’à la valorisation.
Certains équipements de protection individuelle peuvent faire l’objet d’un recyclage matière, à condition d’être collectés séparément et traités par des opérateurs disposant des équipements appropriés. Le recyclage des vêtements de travail en polyester ou en coton est possible. Les gants en nitrile ou en latex, les chaussures de sécurité sont recyclés pour en extraire les matériaux valorisables : fibres textiles, granulats plastiques, métal. Le recyclage des casques, en particulier les casques de chantier en polypropylène, permet d’obtenir des matières premières secondaires réintégrées dans l’économie circulaire, comme des granulés PP transformés en mobilier de bureau ou en pièces plastiques industrielles. Cette valorisation matière doit être systématiquement présentée en priorité dans les bilans RSE et les déclarations CSRD. Elle représente la forme de valorisation la plus vertueuse sur le plan environnemental, car elle conserve la valeur des matériaux dans l’économie plutôt que de les incinérer.
Lorsque la composition des EPI ne permet pas un recyclage matière, notamment pour les équipements multi-couches, les textiles techniques complexes ou les EPI fortement souillés, la valorisation énergétique constitue une alternative à l’enfouissement. Cette voie permet de récupérer l’énergie contenue dans les matériaux en les traitant dans des unités adaptées. Elle ne doit pas être présentée comme du recyclage dans les rapports RSE ou CSRD, sous peine de greenwashing : la valorisation énergétique n’est pas du recyclage matière.
Des solutions spécialisées, comme celle développée par Keenat via sa solution EPI, permettent de trier, collecter et orienter les EPI vers les filières adaptées selon leur nature en distinguant systématiquement ce qui relève du recyclage matière de ce qui relève de la valorisation énergétique, et en délivrant une attestation de traçabilité exploitable dans les reporting réglementaires.Comment mettre en place une collecte EPI dans son entreprise ?
Type d’EPI | Matériaux principaux | Filière recommandée | Collecte séparée requise |
Gants de protection (latex, nitrile, cuir) | Caoutchouc, plastique, cuir | Recyclage matière ou valorisation énergétique selon souillure | Oui |
Casques de chantier | Polypropylène, verre, mousse | Recyclage matière (granulés PP) | Oui |
Chaussures de sécurité | Caoutchouc, acier, cuir/textile | Recyclage matière partiel (démantèlement) | Oui |
Vêtements de travail | Polyester, coton, mélanges | Recyclage textile | Oui |
Masques de protection respiratoire | Textile technique, plastique | Valorisation énergétique (souvent) | Oui, flux à part |
Lunettes / visières | Plastique, verre | Recyclage matière si non souillé | Oui |
Harnais de sécurité | Sangles textiles, métal, plastique | Démantèlement puis recyclage matière | Oui |
Avant de déployer un système de collecte, il est indispensable de cartographier les flux d’EPI produits par l’entreprise. Cela suppose de lister les différentes catégories d’équipements utilisés par les équipes, d’estimer les volumes renouvelés chaque année ou chaque mois, et de localiser les points de génération des déchets (ateliers, chantiers, sites de production, zones médicales…). Cette étape de diagnostic conditionne le dimensionnement des bacs ou conteneurs de collecte et le rythme d’enlèvement.
Il est également important de recenser les EPI souillés ou contaminés, qui nécessitent un traitement séparé et des précautions de stockage particulières. Les entreprises multi-sites devront prévoir une logistique de collecte adaptée à chaque site, avec des consignes harmonisées pour les salariés.
La mise en place d’une collecte EPI repose sur le choix d’un prestataire capable de prendre en charge l’ensemble de la chaîne : fourniture des contenants de collecte, enlèvements réguliers, tri et orientation vers les filières de valorisation adaptées, et production de documents de traçabilité (attestation de valorisation, bordereaux de suivi).
Plusieurs critères doivent guider ce choix : la capacité du prestataire à distinguer les flux recyclables matière des flux orientés vers la valorisation énergétique, son aptitude à fournir des attestations conformes aux exigences du reporting extra-financier, et la dimension sociale de la solution (certains prestataires, comme Keenat via la Solution EPI, mobilisent des structures d’insertion et des ESAT pour la collecte, ce qui renforce la valeur RSE du dispositif et génère des emplois locaux à impact social).
La mise en place d’un tel dispositif ne nécessite pas d’investissement lourd côté entreprise : les prestataires spécialisés proposent des solutions adaptées à la taille et à la configuration de chaque organisation, depuis les grandes industries jusqu’aux PME ou structures médicales.
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Sandrine Poilpré
À propos de l’auteure :

A ce jour, les EPI ne relèvent pas d’une filière REP obligatoire pour les entreprises privées. La démarche de recyclage est volontaire et relève de la politique RSE.Mais une filière est en cours de création.
En faisant appel à un prestataire spécialisé qui délivre un bordereau de suivi et une attestation de valorisation exploitable dans les reportings RSE et CSRD.
Non. Le recyclage matière et la valorisation énergétique sont deux voies distinctes. Seul le recyclage matière peut être désigné comme « recyclage » dans les bilans RSE et CSRD.
Oui. Les vêtements de travail en polyester, coton ou mélange peuvent être recyclés matière si leur collecte est séparée et confiée à une filière textile spécialisée.
Les EPI souillés doivent être stockés séparément et traités par un prestataire habilité, après prétraitement si nécessaire, selon la nature de la contamination.
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